"En parler hors des sentiers battus" voilà ce que m'a proposé ma psychanalyste, celle grâce à qui je "vis enfin".

 

J'ai donc accepté d'écrire (succintement) une partie de ma jeunesse. J'ai souffert pendant 5 longues années de ce qui s'appelle l'anorexie. "Encore cette maladie" direz-vous ! Je m'en surprends moi-même à en parler, car ce "phénomène de société" dont on entend parler à tout va m'agace. J'ai donc décidé d'en parler mais peut-être d'une autre façon, à ma façon. A travers mon histoire je ne cherche pas à plaindre les jeunes filles qui en souffrent, je ne les blâme non plus, mais elles savent aussi bien que moi que c'est en allant dans "leur sens" qu'on les conforte dans ce mal-être.

Il y a 8 ans, après avoir vécu une enfance heureuse et commençant une adolescence plûtôt agréable, j'ai, du jour au lendemain, décidé de perdre "un peu de poids", puis histoire banal (que tout le monde connaît dans l'anorexie) j'en ai perdu 15 en 3 ans environ. Je ne dirai pas mon poids par pudeur mais j'étais squelettique. Bien entendu, comme toute anorexique qui se respecte je ne me trouvais pas maigre mais "très bien comme ça".

Après le début de ma perte de poids, mes parents ont vite compris mon stratagème. Après avoir perdu 7 kilos environ, ils m'ont proposé d'aller voir un psychanalyste. Je me suis alors énervé (euphémisme pour une anorexique) puis rapidement (et c'est cela qui m'a sauvé) j'ai accepté.

Si on veut s'en sortir on peut !!! Si on veut s'en sortir on peut!!!

La plus grande force de cette maladie n'est pas celle que pensent les anorexiques. La plus grande victoire n'est pas de perdre 15-20 kilos pour montrer qu'on en est capable, non, la véritable victoire est de guérir.

Et blablabla, les fameux pourcentages dont on entend parler, à savoir 80% guérissent 20% ne guérissent pas... c'est strictement du n'importe quoi ! Si réellement 20% ne s'en sortent peut être pas ce n'est pas parce qu'elles ne peuvent pas mais bel et bien parce qu'elles sont mal prises en charge.

J'ai aujourd'hui 22 ans, j'ai repris progressivement mes 15kg, je suis une jeune fille joyeuse et avec une forte personnalité (je crois en effet qu'il faut être fort pour s'en sortir). Je suis en quatrième année de médecine et même si comme toute jeune fille "normale" je fais attention à mon poids je n'en suis pas pour autant obsédée.

J'ai retrouvé une vie sociale normale après avoir épongé des regards et des messes basses insoutenables de personnes que je connaissais ou non. Ma plus belle victoire et revanche sur ces gens est de m'en être sortie.

Si j'en parle aujourd'hui ce n'est ni pour faire la morale ni pour juger les personnes qui en sont atteintes. C'est uniquement pour donner mon point de vue sur la façon dont la société actuelle traite ce sujet qui à mon sens n'aide en rien (bien au contraire) ces jeunes gens.

Aujourd'hui je continue ma psychanalyse, ça me fait du bien, je grandis, je relativise, j'apprends à me connaître. Je n'ai plus d'angoisse, j'ai gardé la même personnalité et le même caractère, mais en mieux ! Je n'ai pas changé, j'ai juste mûri, notion que j'ai mis du temps à comprendre.

L'anorexie est une vraie maladie au même titre qu'un cancer, mais n'est qu'un symptôme d'un mal être plus profond et inconscient. Ca vous tombe dessus, vous ne vous apercevez pas et ce n'est pas votre faute, mais c'est là. La maigreur n'est qu'un symptôme de la maladie, mais le point le plus profond celui qui en est responsable, est psychologique mais ça on n'en parle pas assez. Rien ne sert donc d'apprendre aux anorexiques à cuisiner, mais la seule personne pouvant aidre une anorexique est un psychologue, un psychiatre ou un psychanalyste.

Cette démarche de consulter est un pas de fourmi pour l'humanité mais un pas de géant pour l'anorexique !!! Le chemin vers la guérison est long, très long, plusieurs années obligatoires pour trouver la source du problème et le regler et enfin vivre une vie normale avec ses aléas, ses tristesses, ses joies mais tout cela dans des proportions raisonnables.

Je vous laisse je dors diner avec des amis... la vie normale en somme.

Clém.