Fantasme Hystérique (2) - Le fantasme hystérique entre Jean GENET et Eric Emmanuel SCHMITT
Par Edith Cannac le samedi 22 mars 2008, 11:45 - Lien permanent
Introduction
Structure
Le fantasme est « scène » c'est-à-dire une façon de rejouer ce qui a pu fonder l’objet du désir, refusé par le conscient. La liberté dans le fantasme compense la contrainte de la r
éalité. C’est un lien d’élection lié à l’auto érotisme. En effet nous ne pouvons diriger notre érotisme vers l’autre que lorsque notre pulsion de satisfaction a accepté de perdre son objet premier, ce qui n’est en fait jamais tout à fait réalisé.
C’est à travers les fantasmes que se révèlent le mieux le rapport mythique existant entre sexe, pouvoir et mort, dans la nécessité de maintenir une illusion de toute puissance .Si les Zorro, Matrix et autres héros ont eu tant d’impact, c’est qu’ils participent à un savoir sur le soi aussi primaire qu’universel. Même si le mot fantasme peut être compris de façon différente par les gens qui l’utilisent, il évoque toujours quelque chose qui n’appartient qu’à nous même, et que personne ne consent à divulguer facilement.
Le monde des fantasmes anime toute la littérature, justifiant les conduites des héros et dévoilant les auteurs à travers la trame de leur œuvre. Si le fantasme est scène, il est le théâtre que nous avons besoin de nous jouer pour échapper à la réalité et rester dans le principe de plaisir. Genêt en a approché la perfection en élaborant sa pièce « Le balcon, »et Eric Emmanuel Schmitt y a consacré sa fable satirique intitulée « Lorsque j’étais une œuvre d’art ».
L’un comme l’autre ne cherchent pas à démontrer le pourquoi du fantasme, mais simplement à en indiquer la réalité, l’effet libératoire qui est le sien lorsqu’on lui donne un droit d’existence sans laisser se refermer sur lui le piège du réel. Car lorsque nous nous trouvons pris au piège de la réalisation de nos désirs infantiles, ils deviennent une prison rigide, mortifère.
Il semble impossible d’aborder Genêt sans évoquer Dostoïevski. C’est chez ce dernier qu’il a manifestement puisé ses accents lyriques. Dostoïevski, que Freud n’aimait guère, a traité sans fard la conduite hystérique dans toutes ses outrances.
Chez l’un comme chez l’autre, on trouve ce que le père de la psychanalyse définira comme la sympathie sans limite pour le criminel ». La même torture entre le besoin d’aimer et de détruire, et la même complaisance pour se décrire hystérique.(ce qui ne sera pas tout à fait le cas chez Schmitt qui prend davantage de distance avec ses héros) Dostoïevski se traitait lui-même d’épileptique, mais il n’a pas échappé à Freud que « cette prétendue épilepsie n’était qu’un symptôme de sa névrose, qu’il faudrait qualifier d’hystérie épilepsie » c'est-à-dire d’hystérie grave attribuée par Freud à une auto punition pour le souhait de mort contre le père haï
Le père des Frères Karamazov, Fiodor Pavlovitch, domine le roman en maître hystérique, qui ne « connaît jamais la mesure en rien » et « venge sa jeunesse passée et les humiliations endurées ». Rien ne lui résiste, il mélange tout, le sexe, le pouvoir, le religieux, la mort, dans un défit incessant .On retrouve les accents lyriques « dostoïevskiens »dans le « miracle de la rose ». Nul mieux que Genêt n’a su utiliser ce qu’il avait compris de la structure hystérique pour nous décrire l’enfer de la situation carcérale, mêlant l’horreur au sublime, la solitude au relationnel, le sexe et l’amour, sans que jamais l’un ne dissimule ou n’appauvrisse l’autre. La condamnation à mort d’un des héros, l’auréole « comme le sont les saints dans l’église et les gloires du siècle » Le sadisme et le spirituel intimement mêlés, évoquent cette réplique de Fiodor Pavlovitch : « Quels sadiques hein ? Tu auras beau dire, c’est spirituel ! »
Genêt est le chantre d’une démesure dans laquelle beaucoup d’entre nous n’osent ni ne peuvent se reconnaître. Freud disait d’ailleurs que « ce à quoi les hystériques aspirent le plus dans leurs rêveries, ils le fuient dès que la réalité le leur offre ».
La chair est partout, celle qui sauve, celle qui entrave, de même que le besoin de gloire, d’être vu et reconnu,! Genêt et Schmitt, aussi bien que l’avait fait Dostoïevski, nous fascinent à travers ces conduites mêlant les deux aspirations de la chair et de la gloire, sous la houlette des deux fascinants maîtres hystériques, que sont madame Irma et Zeus Peter Lama .
Edit Cannac - www.la-psychanalyse.org
Prochaine publication le 28 mars 2008

Commentaires
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