Structure

Quel sens donner à ce mot « structure », si ce n’est celui d’une organisation, d’une armature, qui se constituera très tôt dans le sillage des sensations et perceptions multiples vécues par le nourrisson, et qui vont d’emblée rencontrer la réalité du désir de l’Autre, autrement dit de la mère et du premier environnement de l’enfant.

La base sa personnalité va se constituer là, en fonction de la réponse qu’il va recevoir face à la manifestation de ses besoins, de ses désirs et de ses plaisirs. La pulsion sexuelle naissante, intimement liée au sentiment d’omnipotence, à la violence des pulsions de vie et de mort, va évoluer dans le plaisir de l’autre, partager, se plier, refuser ou désirer davantage. Le mouvement de toute une vie est ainsi lancé, mêlant plaisir, désir, satisfaction et insatisfaction, passivité et férocité ; Entre l’enfant, la mère et l’environnement, se constitue un véritable partenariat autour duquel s’organise la première partie du théâtre hystérique. De ces scènes, on ne sait qui sera Maître ou Sujet, ni à qui on devra attribuer le premier rôle. Qui de la mère ou de l’enfant aura la demande la plus violente, la plus exigeante ? Il semble que la mère, au départ, détienne la toute puissance à jouir et faire jouir, c’est avec elle que va se jouer le « tout intense »qui caractérise le nourrisson. Mais on ne sait qui va imposer son érotisme, ou à renoncer à modifier l’autre. La seule façon de calmer le jeu serait de reconnaître l’autre dans sa différence, et tout nous prouve que ce n’est pas si simple.

Je suppose que c’est de cette relation mutuelle que les hommes, de tout temps, ont songé à se protéger, car ils y ont partagé une relation essentielle, dramatique par son intensité dans la mesure où ils en ont été chassés. Le sens humiliant du mot « hystérique »serait il destiné à atteindre la mère, pour ne plus rien savoir du pouvoir qui a été le sien ? Car, contrairement à ce qu’on a longtemps cru, être hystérique, ce n’est pas tant être dans le manque que de ne pas renoncer à ce qu’on aurait pu avoir.

Entre utérus et pénis, où se ballade le phallus ? La maternité serait l’aspect phallique dont l’homme est privé, la jouissance dont il a été exclu, l’exploit qu’il ne pourra accomplir. L’utérus serait il un vrai manque de l’homme ? Les recherches concernant le « bébé éprouvette »viendraient elles au secours de ce manque ?

Cette jouissance existant entre la mère et le nourrisson n’est partageable que peu de temps, mais elle marque à jamais toutes les personnalités, ne serait ce que parce qu’elle a été unique et perdue. En se protégeant de cet insondable, l’être humain parle à la fois de sa propre histoire, de sa jouissance et de son impuissance à la revivre. Il en a conservé une frustration dont il n’émergera qu’en s’investissant narcissiquement. A ce maître hystérique qu’a été la mère, on va tenter de faire croire que l’on peut devenir maître à son tour. On comprend mieux alors le souci masculin de « faire rentrer l’utérus à la maison », dans un souci de domination et non d’élimination. On ne peut pas le tuer, ce serait rompre avec son origine, se retrouver face au néant. De même, on ne peut pas tuer la mère, c’est en elle que l’enfant a commencé à exister, c’est d’elle qu’il est sorti. On peut la sacraliser, la haïr, la situer au-delà de toute jouissance, mais on ne peut la tuer.


Edit Cannac - www.la-psychanalyse.org

Prochaine publication le 14 mars 2008