Horizon Psychanalyse

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mardi 21 octobre 2008

Anorexie : en parler hors des sentiers battus

"En parler hors des sentiers battus" voilà ce que m'a proposé ma psychanalyste, celle grâce à qui je "vis enfin".

 

J'ai donc accepté d'écrire (succintement) une partie de ma jeunesse. J'ai souffert pendant 5 longues années de ce qui s'appelle l'anorexie. "Encore cette maladie" direz-vous ! Je m'en surprends moi-même à en parler, car ce "phénomène de société" dont on entend parler à tout va m'agace. J'ai donc décidé d'en parler mais peut-être d'une autre façon, à ma façon. A travers mon histoire je ne cherche pas à plaindre les jeunes filles qui en souffrent, je ne les blâme non plus, mais elles savent aussi bien que moi que c'est en allant dans "leur sens" qu'on les conforte dans ce mal-être.

Il y a 8 ans, après avoir vécu une enfance heureuse et commençant une adolescence plûtôt agréable, j'ai, du jour au lendemain, décidé de perdre "un peu de poids", puis histoire banal (que tout le monde connaît dans l'anorexie) j'en ai perdu 15 en 3 ans environ. Je ne dirai pas mon poids par pudeur mais j'étais squelettique. Bien entendu, comme toute anorexique qui se respecte je ne me trouvais pas maigre mais "très bien comme ça".

Après le début de ma perte de poids, mes parents ont vite compris mon stratagème. Après avoir perdu 7 kilos environ, ils m'ont proposé d'aller voir un psychanalyste. Je me suis alors énervé (euphémisme pour une anorexique) puis rapidement (et c'est cela qui m'a sauvé) j'ai accepté.

Si on veut s'en sortir on peut !!! Si on veut s'en sortir on peut!!!

La plus grande force de cette maladie n'est pas celle que pensent les anorexiques. La plus grande victoire n'est pas de perdre 15-20 kilos pour montrer qu'on en est capable, non, la véritable victoire est de guérir.

Et blablabla, les fameux pourcentages dont on entend parler, à savoir 80% guérissent 20% ne guérissent pas... c'est strictement du n'importe quoi ! Si réellement 20% ne s'en sortent peut être pas ce n'est pas parce qu'elles ne peuvent pas mais bel et bien parce qu'elles sont mal prises en charge.

J'ai aujourd'hui 22 ans, j'ai repris progressivement mes 15kg, je suis une jeune fille joyeuse et avec une forte personnalité (je crois en effet qu'il faut être fort pour s'en sortir). Je suis en quatrième année de médecine et même si comme toute jeune fille "normale" je fais attention à mon poids je n'en suis pas pour autant obsédée.

J'ai retrouvé une vie sociale normale après avoir épongé des regards et des messes basses insoutenables de personnes que je connaissais ou non. Ma plus belle victoire et revanche sur ces gens est de m'en être sortie.

Si j'en parle aujourd'hui ce n'est ni pour faire la morale ni pour juger les personnes qui en sont atteintes. C'est uniquement pour donner mon point de vue sur la façon dont la société actuelle traite ce sujet qui à mon sens n'aide en rien (bien au contraire) ces jeunes gens.

Aujourd'hui je continue ma psychanalyse, ça me fait du bien, je grandis, je relativise, j'apprends à me connaître. Je n'ai plus d'angoisse, j'ai gardé la même personnalité et le même caractère, mais en mieux ! Je n'ai pas changé, j'ai juste mûri, notion que j'ai mis du temps à comprendre.

L'anorexie est une vraie maladie au même titre qu'un cancer, mais n'est qu'un symptôme d'un mal être plus profond et inconscient. Ca vous tombe dessus, vous ne vous apercevez pas et ce n'est pas votre faute, mais c'est là. La maigreur n'est qu'un symptôme de la maladie, mais le point le plus profond celui qui en est responsable, est psychologique mais ça on n'en parle pas assez. Rien ne sert donc d'apprendre aux anorexiques à cuisiner, mais la seule personne pouvant aidre une anorexique est un psychologue, un psychiatre ou un psychanalyste.

Cette démarche de consulter est un pas de fourmi pour l'humanité mais un pas de géant pour l'anorexique !!! Le chemin vers la guérison est long, très long, plusieurs années obligatoires pour trouver la source du problème et le regler et enfin vivre une vie normale avec ses aléas, ses tristesses, ses joies mais tout cela dans des proportions raisonnables.

Je vous laisse je dors diner avec des amis... la vie normale en somme.

Clém.

dimanche 1 juin 2008

Sur : Lorsque j'etais une oeuvre d'art

SUR : « LORSQUE J’ETAIS UNE ŒUVRE D’ART »

Abordant le sujet différemment, mais s’imposant comme un virtuose du fantasme de toute puissance, E. E. Schmitt écrit sur le même sujet une cinquantaine d’années plus tard.

Durant ce temps relativement court, la mutation culturelle a été considérable. Personne ne se fantasme plus en évêque, en général ou en juge. (Peut être encore en chef de la police ?). Les fantasmes de toute puissance se sont déplacés vers la domination de la nature, du corps, du sexe. On assiste à un engouement pour l’art et la culture, toujours à la recherche du sensationnel, du neuf, du surprenant. Notre époque ne bâtit plus de cathédrales, mais des musées, aussi exhibitionnistes que pouvaient l’être les édifices religieux. L’art, la dictature de la valeur artistique, a remplacé en occident la dictature religieuse. Mais, à force de parler culture, il n’y a plus de vraie référence à la culture. La démesure hystérique autour du prix d’une œuvre d’art est admirablement décrite par E. E. Schmitt. Le « rien », le « minimaliste », l’ « excessif », enchantent aussi bien les foules qui investissent à tour de bras dans les phénomènes « modeux » guidées par le maître Publicité, ou le maître Evènement. Puisqu’on a tout dit sur l’homme, il convient maintenant de donner la priorité à l’objet.

C’est dans ce domaine que Schmitt traque l’hystérie moderne, dans une charge caricaturale publiée en 2002, intitulée sans ambiguïté « Lorsque j’étais une œuvre d’art ». C’est bien Freud et son affirmation selon laquelle l’hystérique n’a aucun intérêt à assumer son impossible désir, qui sont convoqués à travers ce titre.

Impossible de rendre compte de tous les détails hystérisants qui fourmillent dans ce livre. Je voudrais seulement faire apparaître ce qui lie ces deux auteurs que sont Genêt et Schmitt à travers leurs personnages clefs de maître hystérique et de sujet aux prises avec la dimension fantasmatique.

Plus mesuré, plus policé mais aussi provocateur que Genêt, Schmitt fait progresser l’intrigue à travers les aventures d’un sujet nommé Tazio Adam, en proie au désespoir de ne jamais être parvenu à polariser les regards de son entourage. Il est dans l’écrasement, comme l’ont été les personnages du Balcon quand la fonction les a privés de fantasme, de la capacité de se rêver. Il ne peut échapper à sa fonction de fils et de frère écrasé, il est dépourvu d’auto érotisme. C’est le Maître qui prendra en charge la réalisation de son désir, comme madame Irma avait la maîtrise de ce qui se passait dans son bordel. Contre la promesse de devenir un objet fascinant, il se remettra entre des mains qui le transformeront à leur gré, faisant de lui un personnage unique qui attirera fatalement tous les regards puisqu’il ne ressemblera plus à personne, mais deviendra une caricature du culte que notre époque a voué au sexe.

Si dans l’œuvre de Genêt la femme reste maîtresse, elle est chez Schmitt tantôt instrumentalisée, tantôt idéalisée. La « madame Irma » de Schmitt est un homme répondant au nom évocateur de Zeus Peter Lama. Patronyme plein d’humour et d’équivoque que chacun est libre d’interpréter à sa façon.

Pour que le maître hystérique prouve sa toute puissance, que le théâtre soit en place, il lui faut des témoins. La foule va alors jouer son rôle, toujours prête à admirer ce qu’on lui assure être admirable. En l’occurrence, l’incroyable culte du corps et du sexe fabriqué. « Le succès c’est d’ordinaire quelque chose qui ne vient pas de l’artiste, mais du public » (p.158)

Freud avait une piètre idée de la foule « qui veut toujours être dominée par une puissance illimitée. Elle est au plus haut degré avide d’autorité…, elle a soif de soumission…, le chef lui-même n’a besoin d’aimer personne, il est doué d’une nature de maître, son narcissisme est absolu, mais il est plein d’assurance et indépendant » (Freud Essais de psychanalyse).

Il n’a pas échappé à Schmitt que la foule avait elle aussi un pouvoir. Elle peut être soumise, influençable, mais elle est aussi versatile. (Genêt s’en était servi de la même façon) Elle brûle ce qu’elle a adoré, assurant à son tour le mouvement hystérique, en se libérant de ce qui l’avait conditionnée jusqu’alors.

Quelles sont les évidences qui lient étroitement ces deux ouvrages ?

D’abord, la démesure, partout.

Ensuite la primauté du Maître. Zeus Peter Lama jauge le monde à partir d’une île, comme madame Irma le jaugeait à partir son bordel. Deux lieus isolés du monde et chargés d’imaginaire. Il leur est impossible de renoncer à leur rôle, chacun étant persuadé de son utilité. Ils se vivent tous deux comme des bienfaiteurs. Le sadisme d’Irma ne vise que le bien de ses semblables, alors que celui de Zeus vise à utiliser et détruire l’autre, mais tous deux règnent sur le fonctionnement des hommes, et pensent qu’ils sont indispensables.

Tazio Adam ne se met en danger que parce qu’il se refuse l’accès à un fantasme réparateur. Incapable de compenser l’ennui engendré par son sentiment de médiocrité, il sera pris au piège de la réalisation de son désir : être vu, être quelqu’un de rare d’admirable d’étonnant. Le prix à payer sera insupportable, puisqu’il se verra écrasé par son succès, privé d’identité et de parole, donc d’imaginaire. Réduit à l’état d’objet, passant d’un maître à l’autre, il devient un objet et non plus une conscience.

Schmitt ajoute une dimension originale à son personnage central : Tazio Adam ne souffre pas seulement de l’indifférence parentale, mais il fait intervenir le rôle de la fratrie, sous la forme de jumeaux qui se suffisent à eux-mêmes, en même temps qu’ils concentrent tous les regards. Il a en fait peu exploité le thème de la gémellité, mais l’omniprésence de ce rapport fraternel rappelle le mythe de Caïn et Abel, dont je maintiens qu’il est aussi fondateur que le mythe oedipien.

Le symbole maternel est partout : à travers la couleur « rouge matriciel », la piscine nommée « Matricia » et surtout l’étonnante apparence féminine du docteur Fichet, chargé de sa transformation. Car cette nouvelle naissance, Tazio ne la devra pas à une femme, mais à un étrange personnage quasiment utérin, « qui semblait construit autour de son ventre rond »On retrouve d’une certaine manière l’image terrifiante de la maternité évoquée par Irma.

On constate beaucoup de similitudes dans les expressions « dostoïevskiennes »utilisées par chacun d’eux. »Ma merde triomphait, puante, stupéfiante, écrasante, triomphale, impériale, or comme tout auteur, j’avais de la complaisance pour mon œuvre ». L’idée que la gloire va mieux aux morts, les mots de « chibre géant »de « phallus de taille »utilisés par Schmitt, avaient été prononcés dans « Le Balcon » par le général et le chef de la police. L’idée de congélation censée assurer l’immortalité à ceux qui se pensent inégalables se retrouve dans les deux récits.

La femme est plus malmenée dans l’œuvre de Schmitt que dans celle de Genêt. Dans l’entourage de Zeus Peter Lama, elles sont misérables, transformées elles aussi en monstres aux chairs déformées, regroupées en une sorte de harem, vivant dans l’espoir toujours déçu de plaire. Elles ont moins de corps, moins de pouvoir de séduction que les prostituées de Genêt. Ces dernières ont une autre allure ! Quand à l’héroïne, Fiona, elle pourrait devenir, à la réflexion presque sujet d’épouvante, dans la mesure où elle gardera un pouvoir quasi phallique sur Tazio Adam, qui n’aurait plus de sexe que pour procréer.

Genêt ne craint pas de se présenter comme « étant l’hystérique ». Schmitt, bien qu’écrivant à la première personne, s’en garde bien .Il décrit de l’extérieur un phénomène capable de mettre les sujets et les foules dans un état hypnotique, mais il tient à ce qu’il y ait une morale, ce qui n’a jamais été dans le projet de Genêt, en cela plus proche de Dostoïevski ou de Céline. Schmitt est un homme du XX1° siècle, qui s’interroge sur le sens de l’amour et la nécessité de le réintroduire. L’homme écrasé par le pouvoir du Maître semblera trouver une issue dans l’amour. Une femme va le remettre au monde, le guider, le sauver, ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants. Cette dangereuse illusion, utilisée à la fin des contes, ne peut être hélas, que le début d’autres avatars. Ce que Schmitt annonce d’ailleurs d’une manière implicite.

Car si Tazio Adam échappe à ses persécuteurs, renonce à son projet narcissique, assiste à la décrépitude de l’œuvre de Zeus Peter Lama, ses possibilités fantasmatiques n’en sont pas restaurées pour autant. Nous retrouvons le héros ayant épousé la femme qu’il aime, mais d’une certaine façon, dénaturé. Il se retrouve comme « une maman » avec ses petits enfants nageant autour de lui. Loin de pouvoir s’attribuer un rôle de père, le sujet reste un être passif, lié au mythe de l’enfance par la grâce d’une épouse-mère toute puissante gardienne de l’illusion, comme l’était la magique madame Irma, tout comme demeure en chacun l’image fantasmatique de la mère.

Il y a quelque chose d’étrange dans la façon dont Schmitt prêche l’amour plutôt que la révolution : car là où règne l’amour se pointe la barbarie. Freud notait que « tout affaiblissement du pouvoir est un appel à la violence ». La « zéro agressivité » est une dangereuse utopie et le pouvoir du maternage ne peut qu’engendrer une contre terreur.

Les deux maîtres hystériques sont les personnages centraux de ces deux ouvrages. Madame Irma est certaine de conserver tout son pouvoir, en permettant à ceux qui le désirent de vivre leur fantasme. De son côté, Zeus Peter Lama ne renoncera pas à clamer son utilité : « sans moi l’humanité ne serait pas ce qu’elle est ». Les Maîtres hystériques sont de tous les temps et façonnent leur époque. Actuellement, ils ne se mesurent pas avec Dieu, mais avec la nature. C’est ainsi qu’ils dominent et font bouger les choses. Il est vrai que pour que l’histoire humaine soit en mouvement « il est indispensable qu’il se passe quelque chose ; l’entropie, c’est la mort » (J. Baudrillard : Le pacte de lucidité et l’intelligence du mal. – Galilée).

Ces maîtres sont le miroir des mères qui ont fondé les premiers pas du désir, éveillant ou éteignant chez leurs enfants toute capacité désirante. Car que font ils d’autre en réalité, si ce n’est de permettre au sujet d’accéder à la réalité de son désir ?

L’idée générale du livre de Schmitt rejoindrait la proposition de Diane Chauvelot « nous rejouerions actuellement ce qui se passait au temps des Romains …qui n’avaient pas de honte sexuelle, mais vivaient dans l’angoisse de la honte sociale ».Mais que de questions pouvons nous nous poser lors de la conclusion de « Lorsque j’étais une œuvre d’art » : Tazio s’exprime ainsi «  Je découvris que l’univers était beau, plein, riche, si j’acceptais, moi, d’être médiocre, vide, pauvre… Monsieur Schmitt, je vous préfère lorsque vous livrez votre intérêt pour l’homme Pilate et sans doute vous y reconnaissez vous mieux vous aussi.

En fait, pour Genêt comme pour Schmitt, rien n’aura changé à la fin de leur livre. Dès que la machine à créer les évènements dérape, le maître hystérique saura changer son fusil d’épaule selon le mouvement que toute culture est censée produire. Et la foule suivra. Chaque sujet retrouvera son état premier, les uns retrouvant leurs capacités de fantasmer, et l’autre non. Tazio Adam traînera à la fin du livre, son indifférence du départ. En cela sans doute Schmitt est il plus pessimiste que Genêt.

Qui est l’hystérique ? Celui qui soumet ou celui qui se soumet ? Celui qui est dans la toute puissance, ou celui qui est dans le désespoir de la satisfaction ? Celui qui a le pouvoir, ou celui qui est dans la rage ou le désespoir de ne pas l’avoir ? Fidèle à sa réputation, elle est partout.

 

Edith Cannac

www.la-psychanalyse.org

dimanche 30 mars 2008

Sur le balcon - Le fantasme hysterique entre Jean GENET et Eric Emmanuel SCHMITT

Introduction

Structure

Fantasme Hystérique (1)

Fantasme Hystérique (2)

Lorsque Genêt publie « Le Balcon » en 1955, il a compris que si le fantasme est scène, c’est du théâtre que l’on a besoin pour l’exposer dans une lumière aussi cruelle que séduisante.

Le fantasme et le réel, le sexe et le pouvoir, sont intimement mêlés dans ce grand classique de l’hystérie. Elle s’y faufile partout, mêlant réalité et fiction, jusqu’à égarer les spectateurs ou le lecteur . Dans un avant propos, l’auteur condamne avec violence chaque metteur en scène qui serait tenté d’en appauvrir le sens en le personnalisant à l’extrême, ou en le politisant. Mais comment éviter que chacun ne reproduise ce texte à sa façon ne serait ce que pour en rester le Maître ?

Genêt, c’est l’hystérique qui s’avance sans masque. Il accepte tous les détours, ne s’enkyste jamais dans un projet trop défini ,ne recherchant que la glorification de l’image et du reflet . Il s’est adroitement insinué dans cette intrigue où les femmes favorisent un jeu d’illusionnistes, pour permettre la réalisation de fantasmes-jouissances, sans que le poids de la fonction ne vienne en altérer le plaisir .

Tant que la situation reste ludique, elle sauve des pièges tendus par la réalité du pouvoir. Mais on ne pourrait se donner à fond dans ce jeu sans la complicité de quelqu’un d’autre, qui accepte de se soumettre au rêve de chacun. Du pouvoir le plus grotesque au mysticisme le plus inattendu, tout ce que suggère cette pièce concerne l’humain, y compris la mort issue logique de tout rêve réalisé afin qu’il ne cesse pas.

Si le fantasme a besoin d’un scénario, quel lieu plus parfait qu’un bordel pour exprimer le lien étroit et jubilatoire permettant de mêler le sexe, la fonction et l’apparence. Que les sujets se fantasment juge, évêque ou général, s’ils peuvent pousser le personnage jusqu’à la caricature juste pour y croire un moment, ils auront eu la liberté de se vivre « sujet désirant »sans que cela devienne une entrave.

Pour vivre un instant ces rêves de toute puissance ces grands hommes en herbe ont besoin de femmes . Ambigües à souhait, elles jouent le rôle de mères complices, toujours attentives à ce que l’illusion ne dure qu’un temps. Tour à tour coopératives ou castratrices, c’est à elles que Genêt confie la possibilité d’entrevoir quelque chose de l’ordre d’un ailleurs.

La grande figure d’Irma est là afin que nul ne s’égare dans l’illusion. La grande prêtresse de l’hystérie, c’est elle . Gardienne des rites, elle connaît tous les secrets et dispense de manière avisée les simulacres de jouissance. A Carmen qui lui demande si ses clients gardent présent dans leur tête un morceau de la fête qui a été la leur, elle répond : « ici, la comédie l’apparence se gardent pures, intactes…après ils ont l’esprit clair, ….ils comprennent les mathématiques, ils aiment leurs enfants, leur patrie, comme toi » Le théâtre fastueux qu’elle entretient autour de sa personne, lui permet de dominer sans problème les fantasmes qui fondent l’imaginaire de chacun .

En revanche, elle mitraille la maternité de façon rageuse : »la mère tue l’enfant dont elle accouche….le bordel doit rester un espace vierge,c'est-à-dire stérile » un endroit où il est interdit de se mettre à croire . Pourtant, comme bien des mères, elle reste la maîtresse d’un monde d’illusions, elle est « le maître hystérique » « C’est moi qui ai décidé d’appeler ma maison une maison d’illusion, mais chacun y apporte son scénario parfaitement réglé »

La révolution aurait pu mettre en péril le pouvoir d’Irma, elle met sans cesse en détresse ceux qui sont tentés par la pérennité. Bien que sachant qu’elle est toujours réprimée, Genêt, par son intermédiaire, s’assure que le mouvement ne cessera pas . « Les révoltés vont s’y croire….ils sont perdus, ridicules,voués à l’étroitesse d’un rôle qui n’ est plus un jeu » « La révolte est une épidémie. Elle en a le caractère fatal et sacré, les révoltés en veulent au clergé, à l’armée à la magistrature, à moi, Irma, mère maquerelle et patronne de boxon »…parceque je suis immuable.

L’amour, comme l’apparence sont dangereux lorsque on commence à y croire, le danger étant alors de se retrouver dans un monde triste et figé. Chez Genêt comme chez Schmitt, l’amour est un risque évident il ne peut entrainer que la désillusion .

Il en est de même pour la fonction .L’homme propulsé général par l’après révolution, se plaint de « la lenteur du carrosse » traduisant ainsi la différence existant entre la liberté donnée par le rêve , et le frein que la réalité impose désormais à son fantasme . En perdant son aspect ludique le rôle devient pesant et angoissant.

Théâtre de l’hystérie par excellence, le Balcon foisonne de rebondissements, de personnages ambigus,de répliques savoureuses et percutantes. Le Maître, les sujets, la foule, chacun participe à l’épopée hystérique, chacun est indispensable à l’autre. Impossible de les cerner vraiment, il faut lire et se laisser emporter par les dialogues où se mêlent le pouvoir, l’illusion et la désillusion, le sexe l’amour et la mort dans une constante chère à Genêt. L’important reste la force du fantasme de toute puissance, qui permet de ne pas se soumettre à la limite qu’impose le réel, et de pouvoir vivre somptueusement ce que la réalité obscurcit.

C’est à cette tentation que cèdera le chef de la police allant chercher dans une illusion d’immortalité la réalisation définitive de son statut d’autorité.

Peut on accuser Genêt de sadisme ?

Comme Sade, il était à la fois un familier des prisons et de l’univers théâtral. En investissant leur sado masochisme, ils refusent de souscrire aux conventions, et remettent ironiquement en question l’ordre social. Ils sont tous les deux dans l’outrance et la déchirure

Et pourtant on pourrait dire de Genêt qu’il est un anti Sade .Car sans jamais évacuer le sexe, il n’évacue jamais les autres dimensions de pouvoir et de sacré .Il affronte l’interdit, il le transgresse, déconstruit la morale, mais pour nous proposer une autre vision des choses .Sade entre dans ce qu’il écrit et nous force à y entrer .Genêt reste à l’extérieur, et nous égare en chemin sur la vérité de ses personnages .

Edit Cannac - www.la-psychanalyse.org

samedi 22 mars 2008

Fantasme Hystérique (2) - Le fantasme hystérique entre Jean GENET et Eric Emmanuel SCHMITT

Introduction
Structure

Fantasme Hystérique (1)

Le fantasme est « scène » c'est-à-dire une façon de rejouer ce qui a pu fonder l’objet du désir, refusé par le conscient. La liberté dans le fantasme compense la contrainte de la r

éalité. C’est un lien d’élection lié à l’auto érotisme. En effet nous ne pouvons diriger notre érotisme vers l’autre que lorsque notre pulsion de satisfaction a accepté de perdre son objet premier, ce qui n’est en fait jamais tout à fait réalisé.

C’est à travers les fantasmes que se révèlent le mieux le rapport mythique existant entre sexe, pouvoir et mort, dans la nécessité de maintenir une illusion de toute puissance .Si les Zorro, Matrix et autres héros ont eu tant d’impact, c’est qu’ils participent à un savoir sur le soi aussi primaire qu’universel. Même si le mot fantasme peut être compris de façon différente par les gens qui l’utilisent, il évoque toujours quelque chose qui n’appartient qu’à nous même, et que personne ne consent à divulguer facilement.

Le monde des fantasmes anime toute la littérature, justifiant les conduites des héros et dévoilant les auteurs à travers la trame de leur œuvre. Si le fantasme est scène, il est le théâtre que nous avons besoin de nous jouer pour échapper à la réalité et rester dans le principe de plaisir. Genêt en a approché la perfection en élaborant sa pièce « Le balcon, »et Eric Emmanuel Schmitt y a consacré sa fable satirique intitulée « Lorsque j’étais une œuvre d’art ».

L’un comme l’autre ne cherchent pas à démontrer le pourquoi du fantasme, mais simplement à en indiquer la réalité, l’effet libératoire qui est le sien lorsqu’on lui donne un droit d’existence sans laisser se refermer sur lui le piège du réel. Car lorsque nous nous trouvons pris au piège de la réalisation de nos désirs infantiles, ils deviennent une prison rigide, mortifère.

Il semble impossible d’aborder Genêt sans évoquer Dostoïevski. C’est chez ce dernier qu’il a manifestement puisé ses accents lyriques. Dostoïevski, que Freud n’aimait guère, a traité sans fard la conduite hystérique dans toutes ses outrances.

Chez l’un comme chez l’autre, on trouve ce que le père de la psychanalyse définira comme la sympathie sans limite pour le criminel ». La même torture entre le besoin d’aimer et de détruire, et la même complaisance pour se décrire hystérique.(ce qui ne sera pas tout à fait le cas chez Schmitt qui prend davantage de distance avec ses héros) Dostoïevski se traitait lui-même d’épileptique, mais il n’a pas échappé à Freud que « cette prétendue épilepsie n’était qu’un symptôme de sa névrose, qu’il faudrait qualifier d’hystérie épilepsie » c'est-à-dire d’hystérie grave attribuée par Freud à une auto punition pour le souhait de mort contre le père haï

Le père des Frères Karamazov, Fiodor Pavlovitch, domine le roman en maître hystérique, qui ne « connaît jamais la mesure en rien » et « venge sa jeunesse passée et les humiliations endurées ». Rien ne lui résiste, il mélange tout, le sexe, le pouvoir, le religieux, la mort, dans un défit incessant .On retrouve les accents lyriques « dostoïevskiens »dans le « miracle de la rose ». Nul mieux que Genêt n’a su utiliser ce qu’il avait compris de la structure hystérique pour nous décrire l’enfer de la situation carcérale, mêlant l’horreur au sublime, la solitude au relationnel, le sexe et l’amour, sans que jamais l’un ne dissimule ou n’appauvrisse l’autre. La condamnation à mort d’un des héros, l’auréole « comme le sont les saints dans l’église et les gloires du siècle » Le sadisme et le spirituel intimement mêlés, évoquent cette réplique de Fiodor Pavlovitch : « Quels sadiques hein ? Tu auras beau dire, c’est spirituel ! »

Genêt est le chantre d’une démesure dans laquelle beaucoup d’entre nous n’osent ni ne peuvent se reconnaître. Freud disait d’ailleurs que « ce à quoi les hystériques aspirent le plus dans leurs rêveries, ils le fuient dès que la réalité le leur offre ».

La chair est partout, celle qui sauve, celle qui entrave, de même que le besoin de gloire, d’être vu et reconnu,! Genêt et Schmitt, aussi bien que l’avait fait Dostoïevski, nous fascinent à travers ces conduites mêlant les deux aspirations de la chair et de la gloire, sous la houlette des deux fascinants maîtres hystériques, que sont madame Irma et Zeus Peter Lama .

Edit Cannac - www.la-psychanalyse.org
Prochaine publication le 28 mars 2008

samedi 15 mars 2008

Fantasme Hystérique - Le fantasme hystérique entre Jean GENET et Eric Emmanuel SCHMITT

Introduction
Structure

FANTASME HYSTERIQUE

La structure hystérique est celle qui fonde le plus profondément l’être humain, les notions de puissance et pouvoir lui sont intimement liées.

La puissance n’imagine pas de contradiction. Elle est certitude. Le tout puissant est souverain, il n’a rien à prouver. Aucun imaginaire ne peut le déloger de cette assurance qui peut le mener à la paranoïa, si elle se sent menacée. Pour conserver l’impression de toute puissance dont il a été chassé, l’enfant va, soit se résigner, soit courir après un ersatz appelé pouvoir, et il grandira dans l’angoisse permanente de le perdre puisqu’il sait qu’il a pu le perdre. Mais il peut aussi s’aménager des espaces imaginaires dans lesquels il mettra en scène les notions de puissance, de sexe, de jouissance, de mort, de façon certes archaïque ou infantile, mais préservée de toute contrainte extérieure et exempte de répression sociale .

Soumis aux contradictions existant entre ses désirs érotiques, ceux de sa mère et la réalité à laquelle il est confronté,(et c’est là que l’on peut introduire l’image du père ), l’enfant va devoir trouver des compromis .C’est tout un monde de productions imaginaires qui va venir à son secours, à travers des scénarios élaborés comme des stratégies défensives destinées à protéger son monde intérieur.

Fantasmes ou symptômes sont autant de voies par lesquelles se manifeste le refus du renoncement à la toute puissance du désir. Susan Isaac justifie les premiers en précisant que « l’on crée des fantasmes pour échapper à la réalité et rester dans le principe de plaisir alors que les conduites de séduction ou les somatisations s’imposent lorsque l’hystérique n’a plus que son corps pour donner à voir l’angoisse qui l’habite ».

Ferenczi note dans son journal clinique que « les enfants sont empêchés de faire valoir leur soif originelle de toute puissance… mais que lorsqu’elle en est empêchée elle se satisfait par voie hallucinatoire ». Et Lou Andréas Salomé dans une lettre ouverte à Freud s’exprime ainsi à ce sujet : « Dans le conflit qui oppose notre croyance infantile dans la toute puissance de nos pensées à la réalité qui n’en tient pas compte et nous inflige ainsi des désillusions, un rôle de compromis revient au fantasme, apte à acquérir et à éprouver la réalité de la menace du châtiment, tout autant que l’ardeur à acquérir malgré tout l’objet du désir ». Evoquant le problème de savoir si les premières réminiscences sexuelles se rapportaient à un premier évènement vécu ou à un fantasme, elle conclue : « Il n’y a pas à choisir entre les deux, mais à saisir leur interaction, l’un conditionnant l’apparition et même la possibilité de l’autre »

Ces citations mettent en place le tableau du fantasme hystérique. L’épreuve de la désillusion est fondamentale pour chacun et l’élaboration du fantasme est un excellent rempart contre la dépression, permettant de ne pas abandonner tout à fait le grain de folie lié à tout désir.

Edit Cannac - www.la-psychanalyse.org

Prochaine publication le 21 mars 2008

vendredi 7 mars 2008

Structure - Le fantasme hystérique entre Jean GENET et Eric Emmanuel SCHMITT

Structure

Quel sens donner à ce mot « structure », si ce n’est celui d’une organisation, d’une armature, qui se constituera très tôt dans le sillage des sensations et perceptions multiples vécues par le nourrisson, et qui vont d’emblée rencontrer la réalité du désir de l’Autre, autrement dit de la mère et du premier environnement de l’enfant.

La base sa personnalité va se constituer là, en fonction de la réponse qu’il va recevoir face à la manifestation de ses besoins, de ses désirs et de ses plaisirs. La pulsion sexuelle naissante, intimement liée au sentiment d’omnipotence, à la violence des pulsions de vie et de mort, va évoluer dans le plaisir de l’autre, partager, se plier, refuser ou désirer davantage. Le mouvement de toute une vie est ainsi lancé, mêlant plaisir, désir, satisfaction et insatisfaction, passivité et férocité ; Entre l’enfant, la mère et l’environnement, se constitue un véritable partenariat autour duquel s’organise la première partie du théâtre hystérique. De ces scènes, on ne sait qui sera Maître ou Sujet, ni à qui on devra attribuer le premier rôle. Qui de la mère ou de l’enfant aura la demande la plus violente, la plus exigeante ? Il semble que la mère, au départ, détienne la toute puissance à jouir et faire jouir, c’est avec elle que va se jouer le « tout intense »qui caractérise le nourrisson. Mais on ne sait qui va imposer son érotisme, ou à renoncer à modifier l’autre. La seule façon de calmer le jeu serait de reconnaître l’autre dans sa différence, et tout nous prouve que ce n’est pas si simple.

Je suppose que c’est de cette relation mutuelle que les hommes, de tout temps, ont songé à se protéger, car ils y ont partagé une relation essentielle, dramatique par son intensité dans la mesure où ils en ont été chassés. Le sens humiliant du mot « hystérique »serait il destiné à atteindre la mère, pour ne plus rien savoir du pouvoir qui a été le sien ? Car, contrairement à ce qu’on a longtemps cru, être hystérique, ce n’est pas tant être dans le manque que de ne pas renoncer à ce qu’on aurait pu avoir.

Entre utérus et pénis, où se ballade le phallus ? La maternité serait l’aspect phallique dont l’homme est privé, la jouissance dont il a été exclu, l’exploit qu’il ne pourra accomplir. L’utérus serait il un vrai manque de l’homme ? Les recherches concernant le « bébé éprouvette »viendraient elles au secours de ce manque ?

Cette jouissance existant entre la mère et le nourrisson n’est partageable que peu de temps, mais elle marque à jamais toutes les personnalités, ne serait ce que parce qu’elle a été unique et perdue. En se protégeant de cet insondable, l’être humain parle à la fois de sa propre histoire, de sa jouissance et de son impuissance à la revivre. Il en a conservé une frustration dont il n’émergera qu’en s’investissant narcissiquement. A ce maître hystérique qu’a été la mère, on va tenter de faire croire que l’on peut devenir maître à son tour. On comprend mieux alors le souci masculin de « faire rentrer l’utérus à la maison », dans un souci de domination et non d’élimination. On ne peut pas le tuer, ce serait rompre avec son origine, se retrouver face au néant. De même, on ne peut pas tuer la mère, c’est en elle que l’enfant a commencé à exister, c’est d’elle qu’il est sorti. On peut la sacraliser, la haïr, la situer au-delà de toute jouissance, mais on ne peut la tuer.


Edit Cannac - www.la-psychanalyse.org

Prochaine publication le 14 mars 2008

vendredi 29 février 2008

Introduction - Le fantasme hystérique entre Jean GENET et Eric Emmanuel SCHMITT

Introduction

La constance de l’intérêt pour l’hystérie n’a d’égale que le malaise diffus qui reste attaché à ce mot. Impossible d’en donner une définition alors qu’elle « se traduit par des conduites contradictoires, qu’elle ébranle les tableaux cliniques et refuse de se laisser entraîner dans quelques certitudes que ce soit » (Lucien Israël)

Vouloir en écrire est une entreprise audacieuse, toujours liée à la conviction qu’on n’en dira pas tout bien au contraire. Le piège auquel on s’exposerait alors, serait d’être pris en flagrant délit de devoir bloquer ce qui est en perpétuel mouvement. Cette idée de mouvement permet de comprendre qu’elle ait pu s’inscrire avec pérennité à travers les différentes cultures sans qu’on réussisse jamais à la transcrire durablement dans l’ordre du « savoir ».

Mais faute de savoir, nous avons au moins une certitude à ce sujet : c’est qu’elle reste une façon accessible à chacun d’exprimer son inconscient, s’imposant là où on ne l’attend pas, toujours partagée entre domination, soumission et révolte. Elle s’inscrit dans une constante humaine, oscillant entre puissance, sexe, pouvoir et mort, toujours dans un « donné à voir »d’une troublante démesure. (Voir l’ouvrage de Diane Chauvelot « l’hystérie vous salue bien »)

Jusqu’au siècle dernier, le seul territoire de l’hystérie vraiment exploré se situait entre sexe et magie. Cette structure était considérée comme essentiellement féminine, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. Retracer brièvement l’histoire de l’hystérie, c’est évoquer la mobilité qui ne cesse de l’animer : mobilité d’organe, des foules, des esprits, se manifestant à travers des conduites théâtralisées, jouant avec les limites. Qu’on la décrive à travers une valse de l’utérus, du pouvoir du pénis, de la toute puissance de l’esprit ou du défit à la mort, adoptant des masques différents selon les cultures, elle reste fascinante.

Rappelons que les rites amérindiens faisaient courir les hommes après des vagins « dentés » censés s’échapper la nuit pour dévaster les cultures. Des rapports égyptiens et mésopotamiens datant d’environ 1900 ans avant J.C. décrivaient de leur côté l’utérus comme un organe itinérant qui « n’ayant pas ce qu’il désirait, manifestait son mécontentement en se déplaçant de manière intempestive » (cité par Diane Chauvelot) et il faut, bien sûr, s’efforcer de lui faire regagner sa place.

L’hystérie est alors une manifestation essentiellement féminine. Cette idée d’utérus vivant, capable de mouvements, considéré par Platon comme un animal ayant une vie propre, par Hippocrate comme un organe itinérant parce qu’insatisfait, va véhiculer les fantasmes masculins.

Ces fantasmes manifestent aussi bien la crainte d’être piégé par ces organes dévorants, que la peur de ne pouvoir les satisfaire. Ce qui, dans les deux cas, justifie amplement le besoin impérieux d’en rester maître.

Il y eut tout de même quelques originaux qui essayèrent d’aborder le problème de manière différente. Les Grecs, se fondant sur le culte d’Asclépios, mirent à la mode un traitement des troubles hystériques par l’intermédiaire des rêves. Les temples dédiés à ce dieu étaient équipés d’un divan sur lequel, allongé, le patient était incité à parler de ses songes et à les interpréter. Nous n’avons rien inventé !

Galien, vers 170 après JC, rejettera les notions d’utérus migrateur, mais ne fera pas reculer les fantasmes liés à ces manifestations.

La fascination pour l’hystérie renaîtra au Moyen-Âge, mais elle sera alors démédicalisée, liée à la magie, à la sorcellerie, au religieux.

Pour comprendre cette évolution, il faut se rappeler qu’avec l’arrivée du christianisme, la virginité, la continence, sont devenues des valeurs supérieures à toutes les autres ; En fait, c’est bien toujours de sexe qu’il s’agit, mais en encourageant à le contraindre, contrairement à ce qu’avaient laissé entendre jusqu’alors ceux qui s’étaient intéressés à ce sujet.

Par le biais du religieux, la magie devient omniprésente ; Le mythe de la sorcière va solidement s’installer, les pires des sorcières étant souvent les sages femmes. L’homme doit se protéger de l’insondable féminin comme il doit se protéger du diable.

Il faudra attendre le seizième siècle pour que Paracelse impose l’idée que les maladies de l’esprit peuvent être à l’origine de troubles physiques. Mais c’est au dix-huitième que l’hystérie retrouvera tout son lustre. Mesmer en relance la mode, renouant avec le magique à l’aide du magnétisme. En fait, il découvre la thérapie de groupe et le pouvoir de la suggestion.

L’exhibitionnisme est de nouveau lié à l’hystérie. Les personnes que l’expérience du baquet ne guérissait pas n’étaient pas considérées comme hystériques, puisque non sensibles au magnétisme et à la suggestion. Les guérisons collectives, les cures tapageuses dites miraculeuses se multipliaient.

Son célèbre baquet est ainsi décrit par le marquis de Puységur.

(Page 2 De hypnose sophrologie et médecine). Rager

En réalité, le goût pour les guérisons miraculeuses n’a pas disparu aujourd’hui. On retrouve une forte tendance à allier guérison corporelle, psychologique et spirituelle grâce à des « interventions divines » se produisant au sein de groupes en incantations ou en prières. En cas de non guérison, on aurait tendance à penser que les personnes concernées manqueraient de foi. Comment ne pas sentir un petit relent moyenâgeux dans ces réactions qui rejettent un des aspects de la structure hystérique, la confinant une fois de plus dans un contexte réprobateur, ce que les adeptes de Mesmer avaient soigneusement évité.

Ce qui va sans doute permettre à de nombreux écrivains du dix-neuvième siècle de se revendiquer de cet état. Baudelaire, Mallarmé, se reconnaissent émotifs, passionnés, revendiquant leur côté féminin. George Sand au contraire cherchera à s’affranchir des préjugés liés à sa condition féminine. C’est le début d’une vraie révolution. Le romantisme fera de la mort le seul maître absolu, l’ultime possibilité d’exaltation. Parallèlement, Charcot, renouant avec le spectacle, exploitera les manifestations hystériques au moyen de la suggestion et de l’hypnose. Comme du temps de Mesmer, le « tout Paris se déplaçait à La Salpetrière, pour assister aux séances d’hypnotisme.

Les dés sont lancés. Freud, puisant le courage nécessaire dans l’enseignement de son maître, va approfondir le sujet. L’ancêtre « utérus » trouve naturellement sa place dans les fantasmes freudiens, s’étayant sur des intuitions géniales concernant la sexualité. Et une révolution s’enclenche : C’est l’hystérique qui enseigne à Freud, elle a été « le maître » qui donne les signes. Elle ose mener la cure elle-même, sa parole engendrera une autre parole.

Freud est passionné, mais on ne peut qu’être frappé par de la prudence qui deviendra la sienne, au fur et à mesure qu’il approfondira le sujet. Sans jamais le perdre de vue, mais en passant par l’étude du narcissisme, du besoin de toute puissance et des pulsions de vie et de mort, il élargira les bases permettant de mieux comprendre la sensibilité hystérique et d’introduire insensiblement la notion d’hystérie masculine

Masculine ou féminine, l’hystérie devient désormais une « œuvre d’art ». En effet l’œuvre d’art attire l’attention, elle permet à l’artiste d’exister, d’être reconnu, comme la conduite hystérique permet de s’imposer au regard de chacun .Et à partir du moment où on pouvait dire « il »en parlant de l’hystérique, il fallait bien s’adapter. Alors, autant en parler positivement. Témoin cette fameuse lettre de Freud adressée à Jung, datée du 2 septembre 1907 : « Ce que vous appelez l’élément hystérique de votre caractère, c'est-à-dire le besoin de faire impression et d’avoir quelque influence sur autrui, ces caractéristiques font de vous un maître et un pionnier ».

Belle ode narcissique, c’était une merveilleuse façon de se déclarer lui-même hystérique, mais Freud se protégeait vraisemblablement ainsi d’avoir tout à en dire, comme s’il n’arrivait pas à suivre le mouvement dans lequel il s’était tant impliqué. Tout en reconnaissant que les femmes qu’il avait écoutées restaient souvent maîtresses du système, il ne s’est jamais résigné à remettre en cause l’idée d’une supériorité masculine.

Longtemps le psychanalyste sera le relais symbolique de l’instance paternelle. C’est en miroir de la « butée freudienne » que Lacan ne demandera pas : « que veut la femme ? » mais « qu’est-ce qu’un père ? ». Il est certes difficile d’abolir des siècles de repères sécurisants au sujet de la position masculine, mais quoi qu’il en soit, la position freudienne est le point de départ d’une révolution inestimable.

Ce n’est plus seulement la pathologie de l’hystérie qui va monopoliser son histoire. Il ne s’agit plus d’être fasciné par la maladie, mais bien par cette structure commune aux deux sexes, liée au besoin de toute puissance des désirs éprouvés par tout être venant au monde, à sa démesure et à ses avatars

Edit Cannac - www.la-psychanalyse.org

Prochaine publication le 7 mars 2008

lundi 18 février 2008

Sigmund Freud est mort, la psychanalyse est vivante

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